Chapeau bas aux « tanties mana mana »

De nombreuses citadines ont compris qu’elles doivent être les artisans de leur propre bonheur. Il s’agit notamment des femmes défavorisées qui refusent la résignation. Elles se battent au quotidien pour leur survie dans la dignité. Des filles et des femmes burkinabè sillonnent la ville de Ouagadougou à longueur de journée, à pied ou à vélo, à la recherche d’un emploi dans les familles. Certaines femmes pédalent le vélo le bébé au dos. Elles parcourent parfois de longues distances. Elles offrent leurs services aux familles situées dans le centre-ville. Une fois le travail terminé, elles doivent rejoindre leurs familles le soir. Ce sont des femmes venant des secteurs périphériques de la ville en quête de lessive à faire.

On les appelle couramment, « les laveuses ». Comme leur nom l’indique, elles ont pour principale profession « lavage d’habits », même si elles peuvent donner d’autres coups de main dans la maison. Elles ont choisi ce boulot pour fuir la pauvreté et la précarité de la vie. Parmi les femmes battantes qui veulent s’en sortir à tout prix, nos femmes laveuses figurent en bonne place. Nous les appelons affectueusement « les tanties mana mana ». Elles sont généralement célibataires avec un ou plusieurs enfants en charge. En tant que « chefs » de famille, elles doivent subvenir aux besoins vitaux et pressants de leurs enfants qui se résument en trois mots : nourriture-santé-éducation. Cependant, on y trouve de temps en temps quelques femmes mariées.

En raison de la pénibilité de leur activité, certaines femmes ont des préférences. Les habits des professionnels et des célibataires sont relativement plus « propres » que ceux des enfants. Du savon en propre, on obtient une bonne mousse et le lavage est vite fait. Cela leur laisse le temps de courir rapidement dans une autre cour pour s’attaquer à un autre lot d’habits. En fin de journée, leurs efforts sont récompensés. C’est avec ce gagne-pain qu’elles arrivent à satisfaire les besoins des enfants qui attendent à la maison ou qui rentreront le soir de l’école. « Les tanties mana mana » font souvent de bonnes petites affaires. Elles gagnent au minimum 2000 à 3 000 Fcfa par jour. En rentrant le soir, elles s’achètent un kilo de riz ou du poisson frais ou sec au besoin, plus quelques condiments essentiels pour donner du goût à leur sauce.

Les « tanties mana mana » sont des « ingénieuses » des habits sales. Avec elles, tout doit briller, de la tête au pied. Elles lavent, rincent, amidonnent, et font sécher. Un « bazin » bien entretenu peut faire plusieurs années avec elles. C’est un travail qui exige beaucoup de santé physique, de patience,d’énergie et d’endurance. Il faut avoir les reins solides pour porter les seaux d’eau et soulever les grandes bassines d’eau, des muscles souples pour laver et tordre les grosses couvertures. Dans ce métier, elles ont appris à mieux organiser leur temps de la journée pour rester mères et épouses dans leurs propres familles et assister les autres du dehors. En voyant ces braves femmes à l’œuvre, dégoulinantes de sueur, on devrait plutôt les respecter. « Chapeaux bas aux tanties mana mana ».

Le programme du président Roch Marck Christian KABORE est le bienvenu car il se soucie de la condition de la femme. Parmi les objectifs de la promotion de la femme comme actrice dynamique du développement, Roch envisage, entre autres, de rendre effectifs les droits fondamentaux de la femme et de réduire la pénibilité des tâches des femmes. Afin que les problèmes liés à l’épanouissement des femmes et à leur participation au développement soient régulièrement identifiés et résolus, une structure de veille sera mise en place. Cette structure aura pour tâche de mener permanemment des réflexions sur les difficultés des femmes en milieu rural et urbain et les solutions possibles, ainsi que sur le rôle des femmes dans la recherche et les moyens de leur promotion, à travers les organisations de la société civile et les collectivités locales.

2015-11-21T13:14:21+00:00